Pierre-Yves Le Borgn', député des Français de l’étranger

Mon Hambourg, ce sont aussi les femmes et les hommes qui construisent des passerelles entre mes deux cultures, entre ma ville, mon pays d'adoption et mes racines hexagonales: artistes, chefs d'entreprise, décideurs, bénévoles, mamans (ou papas), bloggueurs, etc., que je rencontre ponctuellement, au détour de manifestations ou de projets. Ils ont chacune et chacun une relation particulière avec Hambourg, l'Allemagne ou encore la France et oeuvrent, sur scène ou dans l'ombre, pour un Hambourg ou bien plus largement une Allemagne ou une Europe tolérantes et ouvertes à "l'autre". Cette semaine, je donne la parole à Pierre-Yves Le Borgn', député des Français de l’étranger.


Vous avez été élu en 2012 député des Français de l’étranger. Un mandat alors nouveau et qui faisait suite à une réforme de la Constitution intervenue en 2008. Votre circonscription (la 7ème sur un total de 11) s’étend de Flensburg à Tirana et comprend presque 142 000 compatriotes, dans 16 Etats d’Europe centrale et orientale, soit 40% du territoire européen. Comment est-il possible de défendre les intérêts de Français à l’étranger vivant sous des horizons géographiques, économiques et culturels si différents ?

La 7ème circonscription des Français de l’étranger est en effet un immense espace. Parvenir à vaincre les distances et parfois aussi les difficultés de transport entre les pays requiert de la rigueur et de l’organisation. J’ai ouvert un bureau parlementaire à Cologne, où travaillent 2 de mes 3 collaborateurs depuis l’été 2012.
Je suis moi-même présent toutes les semaines dans l’un ou l’autre des pays de la circonscription. Je consacre environ 2/3 de mon temps à l’Allemagne et à l’Autriche, qui constituent l’espace germanophone, et 1/3 aux 14 autres pays. Rien ne remplace le terrain et le contact humain par des permanences et réunions de compte-rendu de mandat. Je travaille aussi par Skype, conférences téléphoniques et mail. Je diffuse une lettre d’information tous les 4 mois.
J’ai pris ainsi la mesure des attentes de nos compatriotes, souvent communes, mais marquées également par la réalité des pays où ils sont établis, a fortiori lorsque le droit européen ne s’y applique pas ou y est ignoré. Le temps passant, j’ai accumulé une expérience étendue des sujets portés à mon attention, travaillant plus vite et avec davantage d’agilité que dans les premiers mois du mandat. Je me suis fait à cette diversité des questions. Je m’y suis même attaché, à vrai dire. J’aime plonger dans les dossiers et rechercher les solutions. La valeur ajoutée du député des Français de l’étranger, elle est pour moi dans cette défense inlassable de nos droits.

Parmi les Français à l’étranger, beaucoup (la majorité, probablement) vivent dans leur pays et région d’accueil depuis de nombreuses années. Ont-ils vraiment besoin d’un représentant élu ? Quels sont les dossiers nécessitant votre intervention et comment peuvent-ils être défendus devant une Assemblée nationale, certainement plus préoccupée par une législation ou des urgences "intérieures"?

Dès le début de ma vie à l’étranger, en toute fin des années 1980, j’avais la conviction qu’une représentation des Français à l’étranger à l’Assemblée nationale était nécessaire. Cela s’est fait en 2008 par la modification constitutionnelle, puis en 2012 avec les élections législatives. Qui mieux qu’un député élu par nos compatriotes hors de France peut porter leurs attentes sur l’éducation, le service public ou la sécurité dans le débat parlementaire ?
J’interviens par voie d’amendements dans la construction législative et budgétaire. Mes rapports parlementaires sont également un moyen d’action. Sur la ratification de l’avenant à la convention fiscale franco-allemande en 2015, j’avais consulté les Français d’Allemagne. Il en a été de même récemment pour les Français des Balkans dans la préparation de mon rapport sur les Balkans et l’état de droit. Je pose aussi des questions orales et écrites. J’écris également nombre de courriers aux Ministres et administrations.
Une part de mon travail repose enfin sur l’interaction avec les gouvernements et administrations des pays de la circonscription. Les plus gros sujets sont la fiscalité, l’enseignement, le service public consulaire, la retraite et le droit de la famille.

Vous avez un lien particulier avec l’Allemagne puisque c’est le pays dans lequel se trouve aujourd’hui votre permanence et où vous avez travaillé par le passé. Comment voyez-vous l’avenir des relations entre nos deux pays dans les 5 années à venir ? Vos craintes ? Vos espoirs ?

C’est vrai que j’ai un lien fort avec l’Allemagne. L’Allemagne n’est pas n’importe quel pays pour la France. C’est notre partenaire. Il n’y a pas de progrès européen sans l’Allemagne. Pas davantage qu’il n’y en a sans la France. Je comprends l’attente du gouvernement allemand à l’égard des réformes que l’état de l’économie française requiert. La politique économique engagée depuis 2012 porte peu à peu ses fruits. Je l’ai soutenue. Il fallait reconstituer les marges des entreprises pour relancer l’investissement et donc l’emploi. Mais il est important en retour que l’Allemagne ne considère par ses excédents budgétaires comme une finalité en soi et qu’elle les mette au service de la croissance européenne. Les surplus excessifs pénalisent l’économie. C’est cet échange-là que j’ai eu durant mon mandat avec mes collègues allemands.

Je pense qu’il faut un accord franco-allemand sur cette base et que les 5 prochaines années seront critiques pour y parvenir, tant pour nos deux pays que pour l’Europe. Je compte, à ma place, m’y employer. Plus largement, j’aimerais aussi que nous avancions avec l’Allemagne concernant l’élaboration d’un droit commun de la famille, reflétant l’intégration toujours plus forte de nos peuples. Je souhaite également que nous progressions sur l’apprentissage précoce de nos langues respectives, les filières bilingues, les cursus bi-diplômants et la formation professionnelle.

Votre mandat arrive à échéance. Serez-vous candidat aux élections législatives de juin prochain ? Si oui, pourquoi ?

Oui, je serai candidat aux élections législatives. Je l’ai annoncé le vendredi 10 mars à l’occasion de la diffusion de ma dernière lettre d’information de la législature. Sur la fiscalité, les retraites, l’enseignement, le service public, je souhaite poursuivre le travail et les combats engagés. De premiers résultats sont intervenus, d’autres sont à venir.

C’est à Hambourg, mardi prochain 14 mars, que je tiendrai ma première réunion publique de candidat. Je présenterai mes propositions et reviendrai aussi sur le projet de Lycée franco-allemand. Je souhaite également poursuivre mon travail parlementaire sur le climat et les libertés. Et œuvrer pour le progrès social et l’écologie.
Lorsque l’on a travaillé d’arrache-pied durant 5 ans, en circonscription, à Paris et au Conseil de l’Europe, il est normal, nécessaire même, de vouloir retourner devant le suffrage universel. Servir l’intérêt général est une belle et noble cause. Je m’y donne à fond. Pour autant, je ne suis pas un homme politique professionnel. J’ai eu une vie d’entreprise avant d’être député. J’en aurai, je l’espère, une après. Je suis attaché à la limitation dans le temps du nombre de mandats et si j’étais réélu en juin prochain, ce second mandat serait en tout état de cause le dernier. La vie politique idéale, c’est travailler, obtenir des résultats et passer la main. Cela aussi, je veux pouvoir l’expliquer en campagne.

 

monhambourg, 12 mars 2017


Si vous souhaitez rencontrer Pierre-Yves Le Borgn' et l'interroger sur son mandat, il tient une réunion publique le mardi 14 mars de 18h30 à 20h00, Gewerkschaftshaus Hamburg, Besenbinderhof 57a, 20097 Hamburg


Les quelques 3 millions 1/2 citoyens Français établis hors de France éliront leurs députés les 4 et 18 juin 2017. ATTENTION: la date du premier tour du scrutin législatif n'est pas la même qu'en France (11 juin).

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