Le G20 2017 est hambourgeois

C'est à Hambourg que se déroule le "G20 Gipfel", le sommet du G20 les 7 et 8 juillet 2017 et depuis des mois déjà, cette rencontre au sommet de 10 000 délégués, services de sécurité, journalistes et surtout de chefs d'Etat plus ou moins politiquement corrects, tient toute la ville en haleine.

L'accueil des 19 pays (+ de l'Union européenne) représentant 85 % du commerce mondial et 2/3 de la population mondiale semble bien être le défi sécuritaire, organisationnel et logistique le plus important pour notre Hansestadt depuis la catastrophe du raz-de-marée (Sturmflut) de 1962.

L'idée initiale de rassembler toutes les délégations à l'intérieur et devant l'Hôtel de Ville  (sur la place, dans des bâtiments érigés temporairement) a été écartée au profit d'une solution de raison: les rencontres se tiendront principalement dans les halls de la Messehalle, de la Foire-Exposition.

Les Chefs d'Etat ne manqueront cependant pas de se rassembler et de poser dans des lieux symboliques, tels l'Elbphilharmonie ou l'Hôtel de Ville. Des clichés qui feront le tour du monde et se traduiront à coup sûr en une augmentation sur le long terme du nombre de touristes.

Un charmant scénario sur l'avenir qui pour le moment n'intéresse pas les Hambourgeois, plutôt préoccupés par les conséquences et surtout les effets secondaires du Gipfel. Etait-ce vraiment judicieux d'organiser un tel sommet au coeur de la ville, à proximité de quartiers à forte densité de population et qui plus est, à quelques pas de St Pauli ou de Schanzen, hauts lieux de l'alternatif et de l'anti-capitalisme ? Les autorités hambourgeoises ont-elles vraiment les épaules sufffisamment solides pour assumer la logistique gargantuesque d'une telle rencontre internationale et surtout pour parer aux débordements officiellement annoncés par plusieurs groupuscules extrémistes ? Les habitants des quartiers concernés oscillent pour le moment entre le souhait de manifester leur "global citizenship" et une certaine lassitude qui les fait réfléchir à s'exiler volontairement le temps du Sommet.

Côté sécurité,  15 à 20 000 policiers seront mobilisés pour maintenir l'ordre et les renforts en provenance des autres Länder allemands affluent déjà depuis quelques semaines. Sur l'agenda d'ici le jour J: protection des "zones à risque" et des bâtiments les plus exposés mais aussi des simulations de débordements potentiels et de situations de crise en présence d'unités spéciales. Le centre-ville de Hambourg ne manquera pas de se transformer en forteresse l'espace de plusieurs jours, avec des zones d'accès limitées autour des lieux de conférences mais aussi une circulation et des transports en commun régulièrement interrompus pour laisser passer les convois officiels. Des restrictions qui touchent tous les Hambourgeois, les vacances scolaires débutant seulement le 20 juilllet. Certaines écoles ont décidé de remplacer les cours par des excursions et du côté des sociétes, Beiersdorf, a proposé à ses salariés de faire du home office. Un exemple qui sera certainement suivi par beaucoup d'autres employeurs.

 

Près de 150 000 manifestants sont également attendus pour ce G20. Des "Demos" ou manif' à caractère pacifique sont prévues avant et pendant le sommet avec notamment la tenue d'un Global Citizen Festival le 6 juillet (et un concert géant en présence de Coldplay & the Chainsmokers, Herbert Grönemeyer, etc.) ou encore une grande marche le samedi 8 juillet mais ce qui s'annonce hautement plus délicat, ce sont les "Krawallen", les émeutes qui occuperont incontestablement le devant de la scène. Des extrémistes de toute l'Europe ont annoncé leur venue et la police s'attend à des Straßenschlachten, des combats de rue:  en amont du G20, le 6 juillet avec une manifestation dont le titre, "G20 Welcome to Hell", donne le ton ou encore le 7 juillet, avec une journée d'action de groupes autonomes.

Le thème central retenu sous cette présidence allemande est "eine vernetze Welt gestalten", "formons un monde interconnecté" (let's shape a connected world). Les principaux sujets à l'ordre du jour du sommet hambourgeois porteront bien évidemment sur l'économie, la finance, le commerce mais aussi, et ce sont des thèmes chers au gouvernement allemand, sur le développement durable, la santé ou encore la situation des femmes. Des questions essentielles qui risquent cependant d'être reléguées au second plan alors que notre planète traverse aujourd'hui une crise existentielle et que, comble de l'ironie, parmi les chefs d'Etats présents à Hambourg, certains devraient d'abord retourner sur les bancs de l'école pour prendre des leçons de démocratie. Il y a bien quelques voix politiques locales qui se sont élevées en début d'année contre la venue du nouveau président américain mais finalement la diplomatie (ou l'hypocrisie) a vaincu et, outre Donald Trump, sont attendus à Hambourg un Vladimir Putin, un Recep Tayyip Erdoğan ou encore un Xi Jinping.

La tenue d'un sommet sur le sol allemand en 2017 était déjà connu depuis 2015, lorsque la Chancelière avait annoncé que l'Allemagne était amenée à assurer la présidence du G20 en 2017. Une année particulièrement cruciale pour Angela Merkel puisque son deuxième mandat de Kanzlerin se termine et que les élections législatives (à l'issue desquelles la Chancelière est élue) se tiennent en septembre 2017.  Aux priorités et défis globaux qui seront au coeur du sommet hambourgeois se rajoute donc une obligation de réussite à l'échelle fédérale, quelques semaines avant un scrutin crucial.

 

Créé en 1999 à l'échelle des ministres des Finances en réaction à la crise financière en Asie pour dépasser les G7 et G8 limités aux seuls pays riches, le G20 a été élargi aux chefs d'Etat après le cataclysme financier de 2008. Il est composé de l'Afrique du Sud, de l'Allemagne, de l'Arabie Saoudite, de l'Argentine, de l'Australie, du Brésil, du Canada, de la Chine, de la Corée du Sud, des Etats-Unis, de la France, de l'Inde, de l'Indonésie, de l'Italie, du Japon, du Mexique, du Royaume-Uni, de la Russie, de la Turquie et de l'Union européenne.

 

monhambourg, 16 février 2016, réactualisé le 19 avril 2017


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