Sigfried Lenz, un grand écrivain de l'après-guerre

C'est un grand homme, un grand écrivain allemand de l'après-guerre qui s'est éteint mardi 7 octobre 2014 à Hambourg, à l'âge de 88 ans.

 Né en 1926, à Lyck, alors Prusse-Orientale, Siegfried Lenz est incorporé dans la marine de guerre en 1943. Peu avant la fin de la guerre, il déserte, se réfugie au Danemark et est fait prisonnier par les Britanniques.

Après sa libération, il étudie la philosophie, l'anglais et les lettres à l'université de Hambourg mais interrompt ses études pour travailler auprès du quotidien allemand Die Welt. C'est là qu'il rencontre Liselotte, celle qui deviendra son épouse et illustrera plus tard certains de ses ouvrages.

Le plus célèbre de ses romans est sans nul doute Die Deutschstunde, La leçon d'allemand, un chef d'oeuvre littéraire qui raconte l'histoire du jeune Siggi, enfermé dans une maison de redressement, sur une île de l'Elbe, à quelques kilomètres de Hambourg (l'île de Hahnöfersand, près de Jork). Le récit soulève la question de l'obéissance, du devoir sous le régime nazi, à partir de la punition du garçon pour avoir rendu copie blanche à une rédaction sur "les joies du devoir". En arrière-plan, l'écrivain offre à ses lecteurs de magnifiques descriptions des paysages autour de Hambourg, sur l'estuaire de l'Elbe. A noter également dans le roman, le personnage du peintre Max Nansen, dans lequel il est aisé de reconnaître l'artiste Emil Nolde, interdit de peindre sous le régime nazi. L'oeuvre est au programme de la plupart des lycéens allemands, au même titre que Der Feuerschiff(Le bateau-phare) ou encore Heimatmuseum.


Depuis 1951, Siegried Lenz s'est uniquement consacré à l'écriture, en collaboration avec la maison d'édition hambourgeoise Hoffmann und Campe. Son oeuvre représente 14 romans, 120 récits, de nombreuses nouvelles sans oublier ses pièces de théâtre ou de radio. Ses récits ont été traduits dans plus de 30 langues et un grand nombre a été porté à l'écran.

A lire également, Leute von Hamburg, une courte nouvelle dans laquelle l'auteur, installé à la fenêtre d'un bistrot, observe les Hambourgeois à travers un verre de rhum... "Um die Leute von Hamburg zu ertappen, um sich von ihnen begeistern muss man sie anders suchen. (...) Heben wir ruhig das Glas. Lassen wir zum Beispiel ein Mädchen ins Glas geraten. Ein Mädchen in Rock und Bluse. Sie ist langbeinig - alle Hamburgerinnen sind langbeiniger als es die Kritiker in London und Paris wahrhaben wollen...". Un portrait plein d'humour, qui mêle touches d'ironie à une certaine tendresse pour ces Hambourgeois si distincts.


En 2011, la ville de Hambourg lui a décerné le titre très honorifique dEhrenbürger, citoyen d'honneur. Une longue amitié le liait également à l'ex-chancelier allemand Helmut Schmidt. Depuis juin dernier, une fondation hambourgeoise, la Siegried-Lenz-Stiftung  gère son oeuvre scientifique et publicitaire et a pour mission de décerner tous les deux ans le prix Siegfried Lenz.

 

monhambourg, 7 octobre 2014

 


 - Die Deutschstunde, édition poche DTV, 9,90 € 

- La leçon d'allemand, éditions Robert Laffont, 11,50 € (ISBN : 2-221-11293-8)