Rotspon, bordeaux ou hanséatique ?

 

Un vin à l'étiquette hanséatique qui se réclame d'origine française ? Un cousinage à-priori incompatible mais si l'on se fie à la créativité et au talent commercial hanséatique, cela donne le Rotspon. On le trouve aujourd'hui principalement au rayon des produits locaux et touristiques mais il revendique un longue tradition, d'autant plus plaisante qu'elle se veut franco-allemande.

 

L'histoire du Rotspon remonte au XIIIème siècle lorsque les Hansekoggen, cogues hanséatiques, ces bateaux typiques utilisés en mer du Nord au cours du Moyen-Âge, faisaient étape sur les côtes de l'Atlantique et chargeaient leurs cales de barriques de vin rouge pour les rapporter à Lübeck, Hambourg, Rostock ou encore Brême. Le vin reposait ensuite jusqu'à maturité. Bientôt appelé Rotspon, vraisemblablement en raison de la teinte rouge prise par le bois ("spon" de "span" signifiant bois en Plattdeutsch, dialecte local) suite au long stockage, c'est surtout au cours des XVIème et XVIIème siècles que le Rotspon connait un certain engouement. Les riches marchands français de passage dans le Nord de l'Allemagne étaient même agréablement surpris par la qualité du vin. Véridique ou de l'ordre de la légende, il se dit également que les soldats français en poste pendant la période napoléonienne préféraient le Rotspon aux vins venant de l'Hexagone... l'explication la plus plausible est qu'à l'époque les vignerons français étaient très pauvres et qu'ils ne pouvaient s'offrir que des barriques de piètre qualité pour entreposer le vin. Quelques siècles plus tard, les mérites du Bordeaux ne sont plus à faire mais le Rotspon est resté et revendique d'autant plus son authenticité et son caractère hanséatiques. Jusqu'à aujourd'hui, l'appellation est uniquement attribuée aux vins venant du Bordelais ou du Sud de la France et embouteillés dans la région. Le transport en barriques de chêne a toutefois été sacrifié sur l'autel de la modernité et le vin voyage maintenant dans de grandes cuves en polyéthylène. Les cavistes spécialisés de Hambourg ou Lübeck utilisent couramment la technique de la Verschneidung, du mélange de plusieurs vignobles pour composer leurs propres cuvées qu'ils appellent ensuite Rotspon Vin de Pays des Côteaux de l'Ardèche ou encore Rotspon Bordeaux Supérieur. Le vin repose généralement de 3 à 6 mois en barriques de chêne avant d'être jugé apte à la consommation.

Le Rotspon est principalement acheté par des touristes de passage. Ainsi, à Lübeck, il est  connu pour accompagner le Marzipan mais aussi parce que Thomas Mann l'évoquait dans son roman Die Buddenbrocks. Certains cavistes hambourgeois ont toutefois l'ambition de sortir le Rotspon des rayons touristiques pour en faire un vin "à part entière". On le trouve par exemple sur la carte de "Die Bullerei", le restaurant du célèbre Tim Mälzer.

 Et le goût dans tout cela ? N'essayez surtout pas de comparer le Rotspon à un vin de Bordeaux ou des Côteaux de l'Ardèche. Vous ne pourriez qu'être amèrement déçu. Il n'y ressemble en rien, ni en terme de goût, d'arômes ou de couleur. Les produits vendus sont également très inégaux, tout autant dans le prix (de 5 à 20 €) que dans la qualité.

Si vous êtes curieux et souhaitez découvrir le Rotspon, faites le plutôt dans le cadre d'une dégustation, par exemple dans la Speicherstadt, au Genuss Speicher. La technique de transformation ainsi que les différentes cuvées vous seront présentées.
D'autres cavistes hambourgeois sont également spécialisés dans le Rotspon: Par exemple Heinz von Have, www.vonhave.de (les dernières cuvées sont d'origine biologique. En vente notamment chez Budnikowski.) ou encore G.H.Wehber & Co, www.weinkontor-wehber.de.

A vos dégustations ! Zum Wohl, santé !

 

monhambourg, 3 novembre 2014