Au royaume de la Currywurst

Elle n'embrasse pas les tendances végane, végétarienne ou tout simplement "gesund", ne collectionne pas les étoiles gastronomiques (quoiqu'elle aime se réinventer en version bobo ou luxueuse) mais en plusieurs décennies d'existence, elle s'est belle et bien hissée au rang d'incontournable de la cuisine allemande, se jouant d'ailleurs des origines sociales ou professionnelles de ses amateurs.  "Elle", c'est bien entendu la Currywurst, cette saucisse grillée, entière ou en rondelles, recouverte d'une sauce tomate et de poudre de curry, que l'on savoure au coin de la rue, dans une baraque à saucisses et frites, à  tout moment de la journée... ou de la nuit! 


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Mais attention, au royaume germanique de la Wurst sous toutes ses origines, couleurs ou saveurs, la Currywurst n'est pas qu'une affaire de fringale. Les Allemands, de 9 à 99 ans, en raffolent, au point d'en consommer plus de 800 millions chaque année. La saucisse est culte et s'offre même le luxe d'enflammer les esprits lorsque la discussion porte sur son origine et plus particulièrement sur son lieu de "naissance": Berlin, Hambourg et le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie se disputent tous les  trois sa paternité  et ce ne sont pas les historiens qui vont prendre le risque de trancher le débat. 



Pour les Berlinois, l'affaire est claire: la Currywurst a été inventée en 1949 par Herta Heuwer à Charlottenburg. Elle tenait un stand de saucisses et par un soir de fin d'été pluvieux, un 4 septembre plus exactement, les clients se faisant rares, elle se prit au jeu de l'expérimentation avec les ingrédients à sa disposition. Elle mélangea des épices dont de la poudre de piment, du concentré de tomates ou encore de la sauce Worcester, versa le tout sur une saucisse cuite et fut emballée par le résultat. La légende était née et les Berlinois ne manquent de rétorquer aux sceptiques que la preuve en est bien le brevet déposé le 21 janvier 1959 par Herta Heuwer afin faire valoir ses droits sur sa sauce alors appelée "chillup". Pour la petite histoire, l'inventrice refusa quelques années plus tard de vendre ses droits au géant alimentaire Kraft. 




Les Hambourgeois ne remettent pas en doute le fait que Herta Heuwer servait de la Currywurst dans son Imbiss berlinois mais sont d'avis que celle-ci était déjà consommée juste après 1945  dans la Hansestadt.  Une paternité revendiquée et illustrée par Uwe Timm dans son roman "Die Entdeckung der Currywurst" (l'invention de la Currywurst): il  se souvient avoir mangé sa première Currywurst dans la baraque à saucisses de Lena Brücker, sur la place de Großneumarkt et met en scène l'histoire de cette Hambourgeoise qui, à la fin de la guerre, décide de reprendre un "Imbiss". Alors qu'elle vient de troquer saucisses, ketchup et curry contre de la fourrure, elle trébuche dans les escaliers et fait tomber sauce tomate et épices. Désespérée par cette perte, elle mélange les deux et fait la découverte qui fera le succès de sa petite affaire! Le roman ne manque pas de préciser que c'est une connaissance à elle qui exporte la sauce à succès  vers Berlin...


"Gehse inne Stadt, Wat macht dich da satt

'Ne Currywurst, Kommse vonne Schicht

 

Wat schönret gibt et nich als wie Currywurst"

Herbert Grönemeyer


Du côté de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, c'est  forcément dans le Ruhrpott que la Currywurst trouve son origine:  avec ses bassins houillers, ses mineurs et ses baraques à frites et saucisses, c'est le lieu idéal pour ces 400 à 600 calories la portion! Et d'ailleurs le chanteur allemand Herbert Grönemeyer (que vous connaissez certainement tous pour son jeu d'acteur dans le film "Das Boot") aurait trouvé l'inspiration dans un Imbiss de Bochum pour sa chanson culte "Currywurst" sortie en 1982. Une légende qui a perdu de son élan depuis l'aveu du chanteur, il y a quelques mois, qu'en réalité il n'aime pas du tout la célèbre saucisse ;-)

 

Au final, c'est presque ce que je préfère dans la Currywurst,  toutes ces légendes et petites histoires qui lui donnent une saveur bien particulière et s'il m'arrive de faire une pause "Imbiss" lors d'une virée shopping ou à la sortie d'un club sur le Kiez, plus que la saucisse en elle-même, c'est surtout la particularité du lieu et du moment qui me ravissent car ils sont en contraste total avec mes habituelles sorties culinaires: un mobilier et une déco des plus rustiques, une consommation debout, directement au comptoir et une odeur de... saucisse évidemment ! Et là, pas de doute, je sais que j'ai réussi mon intégration au royaume de la Wurst! 


⎨kurz gefasst⎬

Sie widerspricht gesunden Trends, sammelt keine  Gourmetsternchen und hat sich trotzdem in den letzten Jahrzehnten zum Lieblingsgericht der Deutschen entwickelt. Hier geht es natürlich um die Wurst... um die Currywurst, die in jeder Stadt bzw. in jedem Dorf (naja, vielleicht doch nicht im tiefsten Bayern!) zur jeder Tages/Nachtzeit zu verspeisen ist. Ich stamme nicht aus dem deutschen "Wurst-Königkreich" und finde es regelrecht faszinierend, dass ein Imbiss so viel Aufmerksamkeit auf sich bringt, jährlich 800 Millionen mal verschlungen wird und einen solchen Kultstatus erworben hat.  Und als Adoptivhamburgerin, wenn überhaupt Wurst oder Imbiss zwischendurch, dann klar Currywurst! Offen gestehen liegt meine Wahl wahrscheinlich mehr am süßlichen Soßengeschmack als am Auskosten der Fleischbeilagen!

Wenn Besucher aus Frankreich mich in Hamburg besuchen gehören natürlich Currywurst und ihre Legenden auch auf dem Programm; dass gleich 3 Städte bzw. Länder um die Currywurst-Urheberschaft streiten finde ich dabei am Amüsantesten. Die Berliner sehen sich in ihrer Behauptung gestärkt, denn Herta Heuwer, die Berliner Mutti der Currywurst, ließ ihre Erfindung 1959 (genau 10 Jahre nach der Geburtsstunde ihrer Sauce) patentieren. Könnte aber, wie Uwe Timm in "Die Entdeckung der Currywurst" behauptet, die CurryWurst doch in Hamburg zur Welt gekommen sein? Der Autor schildert in seinem Roman, wie er kurz nach dem Krieg die beliebte Wurst am Imbiss von Lena Brücker am Großneumarkt immer wieder gerne verspeiste. Diese hatte, kurz bevor sie ihr Imbissgeschäft startete, eine Kiste voll mit Ketchup und Curry fallen lassen und dabei die explosive Mischung entdeckt!

Oder passen der Ruhrpott, seine Bergarbeiter, die urigen Wursthäuser und die entsprechende 400 bis 600 Kalorienbombe nicht doch besser als Geburtsort? Klingt auf jedem Fall glaubhaft, wenn man den Erfolgshit von Herbert Grönemeyer hört. Das in Bochum entstandene Lied "Currywurst" mag schon 37 Jahre alt sein, es fehlt bis heute auf keinem Konzert ... naja, jetzt kam aber vor einigen Monaten heraus, dass der Sänger doch lieber Buletten isst und keine Currywurst mag. Ein Geständnis, dass viele Fans und das Bochumer Bratwursthaus schwer schockiert hat!

Letztendlich sind es für mich diese Legenden und amüsanten Geschichten, die der Currywurst eine besondere Geschmacksnote verleihen; wenn ich sie zwischendurch verspeise, nach einer Shopping-Runde oder einer wilden Party auf dem Kiez, finde ich  - mehr als an der Wurst selber -  vor allem Gefallen an der Besonderheit des Ortes und des Augenblickes. Was höchstwahrscheinlich daran liegt, dass diese Mahl im krassen Gegensatz zu meinen üblichen 

 Restaurantbesuchen steht: eine rustikale und karge Einrichtung, ein Verspeisen am Stehtisch oder an der Theke und vor allem der aufdringliche Wurstgeruch. Und da steht endgültig für mich klar, dass ich in meinem Adoptivland richtig angekommen bin! Bon Appétit!

monhambourg, 16 mars 2019