A la découverte de l'Allemagne...

Je viens de passer une semaine à randonner dans le massif du Harz et me voici à Goslar, une halte très symbolique sur le chemin du retour. Goslar, en Basse-Saxe, 51128 habitants, fièrement classée au patrimoine mondial de l'Unesco mais pour moi avant tout la ville qui m'a fait découvrir l'Allemagne et contribué à ce qu'aujourd'hui je sois si bien ancrée dans mon pays d'adoption. 

Retour en arrière ! A 14 ans, la petite Bretonne que je suis, sort pour la première fois de ses frontières et découvre le monde, enfin l'Allemagne et Goslar! Notre classe de 3ème était bien préparée, nous échangions depuis plusieurs mois avec nos correspondants, par poste,  et chacune de nos missives - dans un allemand certainement des plus basiques -  racontait qui nous étions, où et comment vous vivions.


Deutsche Fassung nach dem französischen Text


Ratsgymnasium, Goslar


Et voilà qu'aujourd'hui, quelques décennies plus tard, je me retrouve devant le Ratsgymnasium, ce lycée où ma grande aventure germanique prit racine. Et toute une ribambelle de souvenirs s'invitent dans mon esprit et me rappellent ces 10 jours ponctués de  découvertes personnelles et de merveilleux carambolages interculturels. Le premier, le jour de notre arrivée au lycée, alors  toute l'école entonne la Marseillaise - en notre honneur - et que, à ma grande honte, je suis seulement capable de chanter le refrain. Et cela se poursuit avec les premiers cours auxquels nous participons: nous découvrons que le système scolaire allemand est à mille lieux de l'éducation scolaire prussienne telle que nous la connaissons dans notre collège. C'est un peu le monde à l'envers! Les élèves ont le droit d'avoir leur boisson ou snack sur la table et surtout le cours ne se déroule pas le nez dans les cahiers mais dans une joyeuse interaction avec les enseignants. Oral, oral et encore oral! J'ai vite compris pourquoi les jeunes Allemands s'exprimaient dans un français des plus honorables après deux années d'apprentissage tandis que nous nous étions complètement inhibés. Ils se coltinaient des pages entières de vocabulaire mais n'avaient aucun état d'âme (et le feu vert des enseignants) pour baragouiner, fautes inclues. De notre côté, nous nous sentions obligés de ne desserrer les dents qu'après avoir réfléchi dix fois à der/die/das et à la place exacte du verbe dans la phrase, à l'image de ce que nous avions appris en classe.  Une méthode  pédagogique imparable pour qui veut dégoûter un écolier d'une langue! Un autre exemple frappant de notre éducation scolaire: quelques semaines avant le départ, notre professeure d'allemand nous fit voir le documentaire "Nuit & brouillard" (Nacht und Nebel) d'Alain Resnais, présentant les atrocités des camps d'extermination nazis. Ne me méprenez pas, je suis convaincue que le devoir de mémoire est (en 2019 plus que jamais) essentiel mais ce n'était peut-être pas le moment le plus favorable, même si la Seconde Guerre Mondiale était au programme...

Fort heureusement, cela ne semble vraiment pas avoir eu une quelconque influence sur notre manière d'aborder les Allemands et la culture germanique et ce qui nous est plutôt resté en tête, ce sont les petites histoires de la vie quotidienne: le sacro-saint Abendbrot, son pain noir (Tschüss la baguette!)et son abondance de Wurst (charcuterie), le Kaffee-Kuchen de 15h00 le dimanche et ces Törtchen et parts de gâteaux te rassasiant jusqu'au lendemain. Me revient aussi à l'esprit nos discos chez les uns et les autres, le choc de la passion portée à AC/DC par nos copains allemands sans oublier la chanson "Jeanny" du chanteur autrichien Falco, qui ,aujourd'hui encore, me donne des frissons car elle me plonge dans de délicieux souvenirs d'adolescence; ce n'est que 30 ans plus tard , à la mort de l'artiste, que j'ai compris que cette chanson avait fait scandale à l'époque car elle parlait de l'enlèvement et du meurtre d'une jeune fille par un psychopathe. A l'époque, notre niveau d'allemand ne suffisait assurément pas pour comprendre l'horreur de certaines paroles et c'était en toute innocence que nous nous bécotions pendant les slows sur cette chanson. 


Jeanny by Falco


Que de parties de fous rires également du côté de nos efforts sur l'apprentissage mutuel de la langue: des Allemands qui se tordaient de rire en nous entendant prononcer le nom du groupe en vogue A(h)A - sans le ⎨h⎬bien évidemment - , car Aa, c'est ce que les plus petits font entendre avec insistance lorsqu'ils veulent aller sur le pot! De notre côté, nous avons adoré expliquer avec moult détails  ce que "bitte" voulait dire en français lorsque prononcé différemment; nous n'avions que 14-15 ans et apprécions ces révélations linguistiques bien éloignées des livres d'école.

Ecrire, c'est aussi s'autoriser un exercice d'introspection et au moment où je griffonne tous ces souvenirs, installée à la terrasse du Café am Markt, je réalise à quel point Goslar et les moments intensément vécus font partie de ces pierres qui ont contribué à la construction de mon édifice franco-allemand et j'éprouve un gros sentiment de gratitude pour avoir ainsi fait connaissance avec ce qui deviendra quelques années plus tard ma deuxième Heimat. 
Et vous, êtes vous aussi passés par la case " voyage de classe" pour découvrir l'Allemagne ? N'hésitez pas à laisser un petit message et vos souvenir au bas de la page sur les commentaires ! 


Café am Markt, Goslar


Wie ich Deutschland kennenlernte

Nach einer Wanderungswoche im Harz bin ich gerade in Goslar. Dieser Exkurs auf der Rückfahrt ist in meinen Augen besonders symbolisch. Die niedersächsische Stadt zählt 51128 Einwohnern und eine Altstadt, die zum UNESCO-Weltkulturerbe gehört aber für mich ist Goslar vor allem die Stadt, die mich zu Deutschland und zu meinem Leben in meinem Adoptivland geführt hat.

Heute, viele Jahr später, stehe ich vor dem Ratsgymnasium, dort wo das Fundament für mein späteres Leben in Deutschland geschaffen wurde. Eine Schar Erinnerungen poppen auf und ich denke mit Freude an diese zehn Tage persönlicher Eindrücke und  interkultureller Überraschungen:  am ersten Tag in der Schule und besonders an meine Verblüffung, als die ganze Schule die "Marseillaise" anstimmte und ich - zu meiner Schande - nur den Refrain mitsingen konnte. Noch verwirrender wurde es in der Schulklasse. Der Unterricht unterschied sich komplett von dem "preußigartigen"  Schulsystem in unserem Collège. Es war irgendwie eine seitenverkehrte Welt! Alle Schüler hatten Getränke und Snacks dabei und im Unterricht versteckte sich keiner in den Büchern, sondern alle waren eifrig beim Mitmachen. An diesem Tag habe ich verstanden, warum die jungen Deutschen nach kaum zwei Jahren ordentlich Französisch sprachen, während wir komplett verklemmt waren. Sie mussten zwar jede Menge Vokabeln büffeln, hatten aber dafür keine Hemmungen in unsere Sprache - Sprachfehler einbeschließen - loszuplappern. Und wir hatten mehr oder weniger gelernt, den Mund nicht aufzumachen, solange wir uns über der/die/das und den richtigen Satzbau nicht sicher waren. Eigentlich genau das Richtige, um Schüler die Lust auf eine Fremdsprache zu nehmen! Zu dieser Kategorie gehört sicherlich auch der Dokumentarfilm "Nacht und Nebel", der unsere Lehrerin einige Woche vor der Reise zeigte. Ich bin zwar absolut davon überzeugt, dass die Erinnerungspflicht in jeder Schule gehört - 2019 mehr als je -, der Lehrplan in Geschichte (2. Weltkrieg) hätte sich sicherlich jedoch um einige Wochen verzögern können ...


Oh la la! souvenirs, souvenirs...


Zum Glück ließen wir uns nicht beirren und es sind mehr die kleinen Geschichten des Alltags, die sich in unserem Gedächtnis prägten: das Abendbrot - so was von unvorstellbar für Franzosen - und die dazugehörenden Schwarzbrot - oh la la keine Baguette! - und unbekannten Würstchen oder auch noch der traditionelle Kaffee-Kuchen um 15.00 Uhr am Sonntag mit Riesentorten, die weit über die Abendbrotzeit satt machten. Ich erinnere mich ebenfalls an die Parties, an die AC/DC Leidenschaft der Jungs und ganz besonders an das Lied "Jeanny" des österreichischen Sängers Falco, das mich heute noch berührt, weil es so viele schöne Teenager-Gefühle in Erinnerung ruft; erst 30 Jahre später, mit dem Tod des Künstlers, habe ich verstanden, worum es in dem Lied wirklich ging und, dass es damals einen Riesenskandal löste. Unsere Deutschkenntnisse waren in der Zeit dafür nicht gut genug und wir haben gutgläubig bei dem Lied getanzt und geknutscht!

Zu den lustigsten Episoden gehörten auch unsere Bemühungen, uns gegenseitig die Sprache des anderen beizubringen. Unsere deutschen Freunde brüllten vor Lachen, als wir den Namen der populären Band A(h)a - ohne ⎨h⎬natürlich - aussprachen und wir hatten auch großen Spaß zu erklären, was "bitte" mit einer anderen Betonung auf Französisch heißen kann; wir waren schließlich erst 14-15 Jahre alt und mochten diese linguistischen Spiele weit entfernt von unseren Schulbüchern.


Altstadt, Vielle Ville, Goslar


Mein Schreiben wird stets von einem "in sich hinein horchen" begleitet und  während ich auf der Terrasse des Café am Markt meine Gedanken hinkritzele, wird mir klar, wie sehr Goslar und das Erlebte dieses Schulaustauschs mich geprägt haben und einen wichtigen Beitrag zu meinen späteren deutsch-französischen Leben leisteten.

Dafür empfinde ich eine große Dankbarkeit. 
Und wie war's bei Euch? Gehörten Schule und Schulaustausch ebenfalls zum ersten Kennenlernen Deutschlands? Ich freue mich auf Eure Erinnerungen unten im Kommentarbereich!


Ce post est dédié à mon amie Cécile avec qui j'ai vécu cette première fois en Allemagne, qui est restée très attachée à Goslar et qui comme moi vit aujourd'hui en Allemagne!

Dieser Post ist meiner Schulfreundin Cécile gewidmet. Sie war auch dabei, ist Goslar eng verbunden geblieben und lebt auch heute in Deutschland.

monhambourg, 2 août 2019

Kommentare: 5
  • #5

    Elie COANTIC (Mittwoch, 14 August 2019 14:52)

    Bonjour. Je suis le papa de Florence et je suis fortement impliqué dans ces relations franco-allemandes. En la matière je suis un peu un précurseur puisqu'au lycée de Pontivy en Morbihan j'avais déjà, en 1954, un correspondant allemand à Brême. Notre forte amitié dure encore. Nous nous écrivions et chacun renvoyait les lettres avec les corrections. J'ai ainsi acquis de bonnes bases en allemand et, alors que c'était ma seconde langue, je l'ai choisie en première langue pour le baccalauréat. Par la suite, Florence a choisi l'allemand au collège et c'est ainsi devenu sa langue quotidienne. Par la suite, Marie-Claude, mon épouse et maman de Florence, est devenue la présidente du Comité de Jumelage et elle s'efforce d'établir des liens étroits entre Quiberon, notre ville, et la ville jumelle, Kempten en Bavière. Notons qu'elle est aussi impliquée dans les relations franco-allemandes puisqu'elle est la trésorière, pour la Bretagne, de la FAFA (Fédération des Amitiés Franco Allemandes)

  • #4

    Nikolin (Samstag, 10 August 2019 10:23)

    Liebe Florence,

    Dein Beitrag über Goslar ist wunderschön, sehr lebendig und bewegend! Es war für dich und Cécile eine wichtige, prägende Zeit und es ist schön für mich, mehr darüber zu erfahren!

    Liebe Grüße
    Nikolin

  • #3

    Carola Mester (Mittwoch, 07 August 2019 19:27)

    Fraîchement mariée avec un allemand. J‘ai fait un premier voyage scolaire à Augsburg en 5ème mais là où je suis littéralement tombée amoureuse de l‘Allemagne fut en 2003 lors de mon année Erasmus à Hambourg. Je me suis alors « jurée » que j’habiterai et travaillerai tôt ou tard en Allemagne... et aujourd’hui en 2019 je suis depuis plus de trois ans Ingenieure dans un grand groupe de machinisme agricole leader à la renommée mondiale.
    Heureuse je construits ma vie en Allemagne �

  • #2

    3kleinegrenouilles.com (Montag, 05 August 2019 07:51)

    Mon premier séjour en Allemagne était un échange scolaire en 4ème à... Biedenkopf-an-der Lahn. Notre prof d'allemand était allemande et il me semble qu'on faisait beaucoup d'oral (pour l'époque). Les Allemands étaient venus en premier et je me souviens de cette impatience de les voir descendre du car en se demandant qui était le corres de qui. J'avais reçu seulement une lettre de ma corres. Elle est venue avec deux énormes sacs... dont un uniquement rempli de nourriture car son grand-père lui avait raconté que les Français n'aimaient pas les Allemands et ne leur donnaient pas à manger... Il faut dire qu'Opa était venu... en 40 en tant que soldat !
    Quand nous y sommes allés, je me souviens avoir découvert là-bas Supertramp et Police, ma corres en étant une fan absolue et j'ai dû voir Dirty Dancing une dizaine de fois avec elle (uniquement en allemand bien sûr). Par conséquent, j'ai longtemps cru qu'il s'agissait de deux groupes allemands chantant en anglais et d'un film allemand...
    Nous avons aussi appris et enseigné un vocabulaire autre que celui de nos manuels scolaires et avons été surpris par le fait que les élèves aient le droit de se lever et de sortir de classe pour aller aux toilettes pendant les heures de cours.
    Au final, de très bons souvenirs même si je n'ai gardé aucun contact avec ma corres après l'échange.

  • #1

    Cécile (Sonntag, 04 August 2019 16:01)

    Ma chère Florence, quelle joie de retrouver tous ces souvenirs de notre adolescence par ta plume. Oui Goslar a été pour moi aussi le commencement d' une grande histoire d'amitié et puis d'amour avec l'Allemagne. Nous étions si jeunes à l'époque et curieuses de tout surtout de vivre à l' heure de ces ado allemands écoutant AC DC, dépêche mode et A(h)a � à quelques kilomètres du mur de fer qui à l'époque était encore présent. Je me souviens d'une balade dans la neige avec vue sur les miradors de l'ancienne RDA, de la chanson de Sting "russians' et de cette guerre froide qui dans l'oisiveté de nos 15 ans ne nous faisait pas peur bien au contraire. Cette période fut fondatrice pour moi aussi et je souhaite à chaque ado de vivre une si belle expérience d'échange. Ce carambolage interculturel a été pour nous effectivement le séisme qu'il a fallu pour nous ouvrir à une autre culture, si riche et depuis l'après guerre devenue si humble reconnaissant les douleurs indélébiles provoquées par le nationalsocialisme. Cette Allemagne qui accueille maintenant en Europe le plus grand nombre d'exilés politiques et migrants de tout pays. Merci de m'avoir dédiée ton texte, chère Florence, nous sommes restées bretonnes et partageons toutes deux maintenant le nationalité allemande. Quelle joie de se retrouver toujours et toujours sur le même chemin depuis 35 ans., de vivre la bilingualité avec nos enfants et l'interculturalité dans nos professions. Bien affectueusement, Deine Cécile