"New Home Hamburg"... donner pour recevoir

Ancrée à Hambourg depuis une décennie, j'ai la chance de me sentir aujourd'hui plutôt hambourgeoisée et bien intégrée, grâce à ma connaissance de la langue de Goethe, à mon environnement professionnel et au merveilleux réseau franco-allemand et international qui m'entoure. Et je n'oublie pas de régulièrement me répéter que c'est un sacré luxe d'être européenne et d'avoir pu faire du saute-frontière, saute-culture, saute-job sans trop de difficultés et surtout sans devoir renier ou mettre de côté mes racines françaises...

Alors, en 2015, lorsque l'Allemagne et Hambourg ont massivement accueilli des réfugiés en prevenance de Syrie, Afghanistan ou d'autres pays confrontés à la guerre, l'IS ou la misère économique, cela m'a paru  évident, comme à des milliers d'autres Hambourgeois, d'offrir vêtements, chaussures, draps et surtout de mon temps, dans le hall de la Hamburger Messe, Foire de Hamburg, alors dévolu à la centralisation de tous les dons.

 J'ai ensuite participé au projet "Welcome Dinner" qui consiste à accueillir le temps d'un dîner un ou plusieurs réfugiés chez soi (coordonnées en fin d'article) et nous avions alors passé une excellente soirée avec Mohammad, un Syrien réfugié à Hambourg et qui, un an après son arrivée, parlait un allemand des plus corrects et avait la tête pleine de projets professionnels, tout en espérant retrouver un jour son pays natal.

 

Puis j'ai eu envie d'aller plus loin et me suis tout récemment inscrite pour un projet de rencontres en tandem entre un(e) Hambourgeois(e) et un(e) réfugié(e):  "New Home Hamburg – Kurzzeitpatenschaften" offre un parrainage "courte durée" aux réfugié(e)s installé(e)s à Hambourg et se base sur un concept des plus simples: 1 Stadt, 2 Personnen und 3 Treffen, soit 1 ville, 2 personnes et 3 rencontres.

Après un premier entretien téléphonique avec la responsable du projet, rendez-vous m'est donné un mercredi à 18h30, dans un café du Karoviertel. Nous sommes une douzaine de participantes (ce soir-là était uniquement réservée aux femmes) et après un tour de table et des discussions à bâtons rompues, me voici en tandem avec Azizeh, une Afghane d'une cinquantaine d'année, réfugiée depuis 2 ans à Hambourg avec son mari et ses 4 enfants. Azizeh habite à Billstedt et depuis 2 mois elle prend des cours d'allemand, ce qui nous permet de communiquer plus facilement. Nous échangeons nos numéros de portable sur Whatsapp et nous engageons vis-à-vis de l'association organisatrice à nous rencontrer trois fois au minimum et plus souvent si le courant passe entre nous.

Notre dernière rencontre dans la Speicherstadt avec les enfants de Azizeh
Notre dernière rencontre dans la Speicherstadt avec les enfants de Azizeh

Nous nous sommes depuis revues et j'ai fait découvrir à Azizeh un Hambourg qu'elle ne connaît pas, tout occupée qu'elle est à gérer sa vie familiale et à apprendre l'allemand. De son côté, elle m'a aussi beaucoup donnée, en émotions et en réflexions sur la vie en général et sur le recul que nous devrions peut-être prendre plus souvent face à nos petits maux occidentaux.

 Fuir un pays que l'on aime pour ne pas voir ses propres enfants subir le joug de l'islamisation galopante, voyager des mois entiers la peur au ventre, traverser la mer sur une embarcation de misère, rester deux années enfermée dans un camp en Grèce (et pis encore, être tout ce temps séparée de son enfant de 8 ans), puis arriver dans un pays accueillant mais dont on ne comprend (pas encore) ni la langue, ni les rites, ni les clefs pour s'intégrer... un extrait de vie qui sonne familier de par ce que nous avons pu lire ou voir dans les médias ces deux dernières années mais qui prend soudain une autre forme, très émotionnelle, lorsque c'est votre interlocutrice qui joue le rôle principal dans ce film de l'espoir ou du désespoir et qu'elle vous explique modestement, presque en s'excusant, dans son allemand hésitant, que ce déracinement forcé, ce traumatisme de l'exil sont encore particulièrement difficile à surmonter pour certains membres de sa familles. Oui, aujourd'hui encore, "Kopf kaputt", ils souffrent...

Je suis pleine d'admiration face à cette femme qui se bat au quotidien pour sa famille, pour que ses enfants réussissent leur scolarité (et oui, ils y arrivent !), qui se débat avec l'administration pour avoir le droit de prendre des cours d'allemand et qui rêve de pouvoir travailler dès que son niveau dans la langue de Goethe sera suffisant... à moins que ce projet de vie ne s'écroule tel un château de cartes parce que l'Afghanistan est considéré par l'Allemagne comme "un pays sûr"... une éventualité qui me fait m'interroger sur nos valeurs humanistes, la notion de frontières et sur la définition même de l'être humain, mais loin de moi l'idée de moraliser ou d'apporter une réponse toute faite (elle n'existe pas et c'est pour cela que j'abhorre le populisme) et, en réalité, au moment où j'écris ces lignes, je m'aperçois que mes pensées ont pris le dessus sur mon envie initiale de vous faire tout simplement partager mon expérience.  Alors que l'AFD rentre au Bundestag et dans certains parlements régionaux allemands, que le populisme devient politiquement correct, que le mépris et la haine de l'autre s'affichent librement dans les médias et les réseaux sociaux, j'ai l'envie (ou l'utopie!) de croire que de telles rencontres et initiatives peuvent contribuer à aller au-delà de nos clichés ou préjugés et à lutter contre la peur de l'autre... car, au fond, ce ne sont que cette peur et cette incapacité à décoder l'autre qui nourrissent le rejet et la haine.

 Alors que vous soyez Hambourgeois 5ème génération ou bien ancré dans la Hansestadt depuis seulement quelques années, que vous maîtrisiez l'allemand sur le bout des doigts ou que vous disputiez encore avec le datif et l'accusatif, vous êtes les bienvenu(e)s pour participer au programme de New Home Hamburg. Plus de 250 tandems ont été "formés" ces derniers mois mais il reste encore beaucoup d'intéressé(e)s hommes ou femmes avides de pouvoir franchir un petit pas de plus sur le chemin de l'intégration...

En savoir plus:

 

NEW HOME HAMBURG est une initiative de l'organisation ASB-Zeitspender. N'hésitez pas à contacter Stefanie Fudge au 040 25 33 05 04 ou via zeitspender@new-home-hamburg.de pour en savoir plus sur le projet et son déroulement. Elle pourra ensuite vous convier à une soirée d'information et de "matching" entre Hambourgeois(es) et réfugié(e)s.

Plus d'informations sur www.new-home-hamburg.de ou sur la page Facebook

 

WELCOME DINNER

Une initiative pour accueillir chez soi, le temps d'un dîner, un ou plusieurs réfugiés ou migrants. Plus de 1200 dîners ont été organisés depuis 2015 et la création du projet. A réaliser seul(e), en couple, en famille, avec des amis ou même votre entreprise.
http://welcome-dinner.de/

https://www.facebook.com/welcomedinners/

 

monhambourg, 17 octobre 2017

Kommentare: 1
  • #1

    Rey patrick (Freitag, 20 Oktober 2017 13:43)

    Bonjour..ma femme est Hambourgeoi se...moi charentais..excellente initiative..que de chemin a parcourir.. pour rapprocher les deux culture...patrick