En marge du G20

Hambourg est littéralement sur le pied de guerre et à J- quelques jours de la rencontre au sommet des "grands" de ce monde, la ville est en pleine effervescence... depuis plusieurs semaines, policiers et unités d'élite s'entraînent quotidiennement en mode "live" à simuler toute situation de crise, les hôteliers briquent leurs suites et font preuve de flegme hanséatique face aux exigences en tous genres des délégations internationales, les commerçants annoncent tour à tour vouloir barricader ou fermer leurs boutiques, les Hambourgeois sont de plus en plus nombreux à envisager de s'exiler le temps d'un weekend sans oublier nos autorités locales et les altermondialistes qui se livrent à des joutes judiciaires devant les tribunaux, qui pour réclamer, qui pour interdire manifestations ou camps dans des périmètres donnés.

Après un premier billet informatif (en avril dernier) sur le pourquoi du comment du G20 dans notre Hansestadt, voici un pot pourri de ce qui se dit, s'entend et s'écrit sur le Gipfel, le sommet du siècle à Hambourg !

Le programme

Le G20 se déroule officiellement les vendredi 7 et samedi 8 juillet à Hambourg. Discussions et échanges entre chefs d'Etat et délégations se déroulent au coeur de la ville, sur le site de la Hamburger Messe, la foire-exposition. Les invités de marque se rendront le vendredi soir dans l'Elbphilharmonie pour découvrir le nouvel emblème de Hambourg. La plupart des délégations arrivent dès le jeudi 6 juillet et sont hébergées dans les hôtels du centre-ville, principalement autour de l'Alster.

Qui dort où ?

Près de 9000 chambres sont "mobilisées" du 6 au 9 juillet. Le mystère n'est toujours pas levé autour du lit du Président Trump: la presse locale croit savoir qu'il sera accueilli dans le Gästehaus, la maison des invités de marque du Sénat de Hambourg sur l'Alster et que son personnel rejoindra le Consulat des USA (de l'autre côté du même lac); l'information n'a toutefois pas été confirmée par les autorités compétentes et ne parait pas suffisamment crédible si l'on se penche sur l'aspect sécuritaire pas forcément compatible avec une jolie demeure bourgeoise située au bord de l'eau. D'autres sources indiquent qu'il dormirait sur Berlin et se déplacerait les deux jours en hélicoptère.

Notre nouveau président, Emmanuel Macron, prend ses quartiers dans l'Hôtel Möwenpick, un ancien château d'eau transformé en hôtellerie de luxe en 2007 et situé dans le Schanzenviertel, le quartier à tradition protestataire de Hambourg. Un hôtel qui connut des débuts plutôt difficiles et a fait l'objet de plusieurs attaques avant et après son ouverture: jets de peinture sur la façade ou encore acide butyrique introduite plusieurs fois dans les conduits de ventilation.

La délégation allemande et Angela Merkel séjourneront dans l'Hôtel Atlantic (notamment célèbre pour une scène de "Demain ne meurt jamais", un James Bond de 1997 avec Pierce Brosnan), l'hôtel Sofitel hébergera le chef d'Etat turque Recep Tayyip Erdogan, le Vier Jahreszeit, le long du petit Alster, est entièrement réservé pour la délégation saoudienne et son roi et premier ministre Salman bin Abdulaziz. Theresa May, les premiers ministres du Vietnam et de l'Inde et le président brésilien ainsi que leurs délégations respectives séjournent au Reichshof (derrière la gare centrale), le Grand Elysée (Rothenbaumchaussee) accueillera le chef d'Etat chinois Xi Jinping. Justin Trudeau et Vladimir Putin seront hébergés au Hyatt Hotel, dans le passage Levantehaus (Mönckebergstraße). De ce fait, les boutiques et restaurants du passage seront fermés du 6 au 9 juillet.

Côté sécurité...

Nul doute, les autorités policières, judiciaires et sécuritaires font face à un  "Jahrhunderteinsatz", à une intervention du siècle! Leur mission: protéger les 42 personnalités "à haut risque" face aux risques terroristes et surtout aux débordements annoncés depuis des mois par une multitude de groupements d'opposition. Près de 25 Demonstrationen ou manifestations sont officiellement enregistrées, dont 5 à fort potentiel de violences. 15 000 policiers sont mobilisés à cet effet, avec de nombreux renforts de toute l'Allemagne et des unités spéciales allemandes et étrangères. Les rumeurs font effet de l'usage de drones par les services secrets américains pour protéger Donald Trump et les contrôles aux frontières de l'Allemagne sont déjà en vigueur. Une prison spéciale vient quant à elle d'ouvrir ses portes au sud de Hambourg, dans le quartier de Harburg: un ancien marché de gros transformé pour le G20 en centre de détention et pouvant accueillir 400 personnes dans des containers-cellules. 140 procureurs y seront également présents pour assurer le suivi judiciaire.

Conséquences sur les déplacements...

Un bon tiers des Hambourgeois envisage de quitter la ville du 6 au 9 juillet. Pour tous les autres, la tenue du G20 risque d'avoir quelques conséquences sur les déplacements quotidiens.

La Polizei Hamburg a lancé une campagne d'information sur les différentes entraves à la circulation et met régulièrement à jour, sur son site internet (cliquer sur le plan ci-dessus), toutes les informations relatives aux Sicherheitszonen, les périmètres de sécurité autour de la Messe Hamburg (lieu des discussions) et de l'Elbphilharmonie (pour la soirée du 7 juillet).

Autre mesure d'importance: les Transferkorridor, les couloirs de transfert des VIPs entre le 7 juin dès 6h00 et le 8 juin à 17h00; cela signifie concrètement que la circulation sera momentanément interrompue pour laisser passer les convois des Chefs d'Etat entre aéroport, hôtels, Messe Hamburg et Elbphilharmonie. Pour des raisons de sécurité évidentes, les trajets empruntés ne sont pas connus à l'avance et peuvent se faire sur toute la zone retenue.

Pour en savoir plus sur les transports en public, les métros ou bus qui rouleront (ou non) pendant ces journées de G-20, les routes qui seront bloquées et toutes les autres entraves possibles, voici plusieurs liens intéressants:

A J-12, les autorités hambourgeoises semblent confiantes par-rapport à cette logistique et ces enjeux hors du commun et Olaf Scholz, le premier magistrat, vient même de comparer l'organisation du G20 avec celle du Hafengeburtstag, la fête du port annuelle...

Pour Hambourg, c'est évidemment une opportunité unique pour jouer un rôle, même momentané, sur la scène internationale. Les risques sont cependant immenses, notre ville ne se démarquant pas seulement par une traditionnelle réserve hanséatique mais aussi par des quartiers à forte tradition de protestation et d'altermondialisme. La célèbre Rote Flora, occupée depuis 1989 par des activistes, est à seulement quelques mètres des lieux de réunion et un nombre substantiel des 8 000 autonomes violents  attendus dès début juillet connaissent bien les lieux pour s'y être dans le passé régulièrement affrontés avec la police. De quoi inquiéter plutôt que rassurer les Hambourgeois...

monhambourg, 24 juin 2017

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