La Herbertstraße, du croustillant ou du tristement célèbre?

Elle n'a beau faire que 60 mètres de long, 7 mètres de large et être interdite au regard curieux des moins de 18 ans et des femmes, la Herbertstraße, à quelques pas de la Reeperbahn dans le quartier de St Pauli, fait parler d'elle bien au-delà des frontières de la Hansestadt... ou bien est-ce justement le fait qu'elle ne soit accessible qu'à la gente masculine, qui plus est majeure, qui rend son existence aussi croustillante et fait couler autant d'encre ?



Dès son apparition, à la fin du 18ème siècle, la Herbertstraße (autrefois Heinrichstraße) a un seul et unique objectif: l'exercice de la prostitution dans des maisons closes, Bordelle dans la langue de Goethe, accessibles seulement pour les piétons. En 1922, l'administration tente d'imposer des logements d'habitation, dans un effort pour limiter ou espérer voir disparaître cette prostitution. La Heinrichstraße est alors rebaptisée Herbertstraße, dans l'espoir que le changement de nom induise un changement de cap... peine perdue! le nom s'est bien pérennisé mais sans disparition ni des prostituées ni des maisons closes.

Pendant la période nazie, la prostitution et le strip-tease sont officiellement interdits mais là encore la Herberstraße résiste et finalement, en 1933, de grands panneaux sont érigés à chaque extrémité de la rue pour que les apparences de bonne morale restent sauves.

De cette période, les panneaux sont restés et sont devenus de grands portails ne s'ouvrant qu'en cas d'intervention des pompiers. Dans les années 1970, à la demande des prostituées, la police érige un bannissement de l'entrée pour les moins de 18 ans et les mineurs. Cette interdiction au nom de la "Aufrechterhaltung der öffentlichen Ordnung", "du maintien de l'ordre public" est juridiquement litigieuse, car il s'agit d'un passage public pouvant être légalement emprunté par tout un chacun... dans la pratique, touristes et hambourgeois s'y tiennent, peut-être par pudeur mais aussi pour éviter injures ou même seau d'eau ou oeufs pourris qui pourraient découler d'un passage intempestif!



Aujourd'hui, les 22 maisons hébergent et font travailler environ 250 femmes.... Travail? Le débat fait toujours rage entre abolitionnistes et réglementaristes mais pas ou peu en Allemagne; en 2002, le Bundestag a voté une Loi fédérale "Prostitutionsgesetz", rendant le Sexarbeit, littéralement le travail du sexe, légal et encadré et transformant les prostituées en travailleuses presque comme les autres. Elles payent des impôts, disposent d'une couverture sociale et ont même un syndicat pour défendre leurs droits. Certes les chiffres officiels de la police font état d'une diminution des activités criminelles liées à la prostitution mais il n'en demeure pas moins que le nombre de travailleuses du sexe a augmenté et que la normalisation des maisons closes rend leur contrôle encore plus difficile !

 

monhambourg, 12 février 2013