Hafenstraße, une rue chargée de symboles

Aujourd'hui, la Hafenstraße, sur les bords de l'Elbe, entre Landungsbrücken et le Fischmarkt, est une rue aux immeubles colorés, particulièrement appréciée des photographes amateurs embarqués à bord des Barkassen du port de Hambourg.

Qui pourrait penser qu'il y a plus de trente-cinq ans, cette rue était le symbole d'une ville divisée en deux camps et le théâtre d'affrontements tels que nous les connaissons plutôt de certaines banlieues de l'Hexagone.

Tout commence à l'automne 1981 avec l'occupation d'immeubles par des étudiants et activistes, en réaction à la décision de la Ville de Hambourg, propriétaire des lieux via le bailleur social SAGA, de détruire ces même immeubles pour en reconstruire des neufs. Construits au début du 20ème siècles, les logements étaient presque insalubres et les immeubles sanierungsbedürfig, nécessitant d'importants travaux de rénovation.

Les squatteurs, die Besetzer, au départ surtout des étudiants, jusqu'alors locataires légitimes, occupent les lieux avec la ferme intention de protéger les bâtiments de la destruction. Leur mouvement d'occupation passe tout d'abord inaperçu et ce n'est qu'au printemps 1982 que la SAGA les fait expulser une première fois par la police. Ils reviennent immédiatement et c'est le début de l'escalade du conflit: en été 1982, la SAGA fait murer les fenêtres et en réponse, les occupants font de même au siège du bailleur social. A l'automne, le Sénat rejette le souhait d'autogestion exprimé par les activistes et vote la destruction de six des maisons. Commence alors un combat qui prendra des allures de guérilla urbaine.

La ville est plus ou moins divisée en deux camps: d'un côté, les Hambourgeois qui s'inquiètent de ces flambées de violence répétitives et craignent chaos et désordre, de l'autre des activistes qui croient en leur idée et sont prêts à tous les sacrifices pour y arriver. La Hafenstraße fait parler d'elle dans toute la Bundesrepublik et devient le symbole des mouvements d'occupation de logements dans les années 1980.

La situation se durcit de part et d'autre et les occupations suivies de fouilles, d'expulsions, entraînant alors barricades, menaces, etc.. se poursuivent jusqu'au point d'orgue de 1986-1987 et l'intervention personnelle du Maire de Hambourg de l'époque. Klaus von Dohnanyi met son poste en jeu et propose aux activistes de stopper toutes manifestations et barricades en échange d'une non-destruction des bâtiments. Ce sera chose faite et c'est finalement en 1995 que la Ville de Hambourg vendra les immeubles en question à une Genossenschaft, une coopérative fondée par les habitants.
La rénovation des immeubles se fait alors progressivement, principalement par les habitants eux-même.

Ainsi, trente années plus tard, la Hafenstraße ne fait plus parler d'elle, si ce n'est pour ses façades "bunt", colorées... un joli paradoxe, puisque sans le mouvement d'occupation, les touristes ne seraient à même de rapporter chez eux ce cliché si "typisch" des bords de l'Elbe!

 

monhambourg, 8 octobre 2012