Mahir Guven

"Grand Frère" - "Zwei Brüder"

Lorsqu'un écrivain français, lauréat de plusieurs prix pour son tout premier roman, vit à Hambourg et que cette même oeuvre vient d'être traduite et publiée dans la langue de Goethe, une interview sur les colonnes de monhambourg s'impose. L'écrivain, c'est Mahir Guven et le roman étoilé par la critique hexagonale, dont le très beau Prix Goncourt du Premier Roman 2018, c'est  "Grand Frère" et "Zwei Brüder" dans sa traduction allemande. 

Wenn ein französischer Autor - für seinen ersten Roman mit dem wichtigsten literarischen Debütpreis (dem Prix Goncourt du premier roman 2018) ausgezeichnet -  in Hamburg lebt und dieser Roman gerade auf Deutsch erschienen ist, dann steht ein Interview auf monhambourg selbstverständlich auf dem Plan. Der Autor ist Mahir Guven und das in Frankreich von der Kritik gekürte Werk "Grand Frère" bzw. "Zwei Brüder" auf Deutsch.


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Nous avions déjà fait connaissance il y a quelques mois et profité d'un après-midi d'automne en bord d'Alster pour échanger sur son métier d'aujourd'hui (écrivain) et d'avant (directeur exécutif de l'hebdomadaire Le 1), ses efforts pour apprendre l'allemand, la rédaction de son prochain roman et nos aventures franco-germaniques. Je m'étais bien entendue ruée sur  "Grand Frère" (et oui, je dois avouer que moi aussi, je suis de plus en plus déconnectée de l'actualité littéraire et plus généralement culturelle de ma France natale) et avais très apprécié ce portrait de société mettant en scène deux frères, l'un chauffeur de taxi VTC et l'autre infirmier dans un hôpital parisien avant de partir en Syrie.  Merci à  Mahir d'avoir bien voulu se prêter au jeu des questions-réponses pour le blog, avant de débuter la promotion de son livre en Allemagne.


"Grand frère est chauffeur de VTC. Enfermé onze heures par jour dans sa " carlingue ", branché en permanence sur la radio, il rumine sur sa vie et le monde qui s'offre à lui de l'autre côté  du pare-brise.  Petit frère est parti par idéalisme en Syrie depuis de nombreux mois. Engagé comme infirmier par une organisation humanitaire musulmane, il ne donne plus aucune nouvelle.  Ce silence ronge son père et son frère, suspendus à la question restée sans réponse : pourquoi est-il parti ?  Un soir, l'interphone sonne. Petit frère est de retour. 

Dans ce premier roman incisif, Mahir Guven alterne un humour imagé et une gravité qu'impose la question du terrorisme. Il explore un monde de travailleurs uberisés, de chauffeurs écrasés de solitude, luttant pour survivre, mais décrit aussi l'univers de ceux qui sont partis faire le djihad en Syrie : l'embrigadement, les combats, leur retour impossible en France...  Émerge ainsi l'histoire poignante d'une famille franco-syrienne, dont le père et les deux fils tentent de s'insérer dans une société qui ne leur offre pas beaucoup de chances."



Comment t'es venu l'envie d'écrire ce roman et tout simplement d'écrire?

 J'écrivais déjà depuis plusieurs années, principalement des petites histoires mais je n'avais pas imaginé que cela puisse aller plus loin que le simple plaisir d'écrire. Travailler au sein du journal Le 1 a renforcé cette envie et c'est d'ailleurs dans un cadre professionnel que j'ai rencontré celui qui allait devenir mon éditeur. Il m'a poussé et quasiment offert un passeport de confiance pour franchir cette étape de la publication. 

 

La critique française s'est enthousiasmée du fait que tu puisses retranscrire des émotions profondes en utilisant le langage des cités. Qu'en penses-tu ? 

Ce qui comptait pour moi, c'était d'écrire les dialogues exactement comme mes personnages parlent. La langue n'est pas utilisée pour stigmatiser mais pour valoriser les deux frères, leurs vies, leurs émotions. J'aime les personnages normaux, pas seulement les "héros", car ils reflètent tout autant la palette des sentiments humains. Je trouve aussi important de lever tous les tabous, y compris linguistiques. 

 

Comment ton traducteur, André Hansen, a-t-il relevé ce challenge ? 

J'ai beaucoup apprécié la collaboration avec André. Nous avons eu des échanges réguliers et il a su trouver un excellent compromis linguistique en utilisant le slang "Kiez" et la langue de la jeunesse. Du coup, je pense que le texte allemand est encore plus accessible pour les lecteurs, aussi pour les plus jeunes. 

 

 Ton roman aborde indirectement la recherche de l'identité. Cette question se pose-t-elle pour toi encore différemment alors que tu vis aujourd'hui en Allemagne?

Je porte en moi depuis toujours plusieurs cultures (ndlr: de mère turque et de père kurde, réfugiés en France, Mahir est né sans nationalité en 1986 à Nantes) et aujourd'hui, alors que je vis à Hambourg, c'est étrange, je me sens tout d'un coup vraiment Français. Je suis dans un environnement culturel que je ne maîtrise pas. Les premiers mois ont été difficiles, je ne parlais pas très bien allemand et l'anglais ne suffit évidemment pas pour comprendre les conversations. Très perturbant pour quelqu'un comme moi qui adore parler!

Et oui, la thématique de l'identité est très importante pour moi.  J'ai mis de nombreuses années pour comprendre que chacun d'entre nous est porteur d'une identité unique, issue elle-même de différentes identités. C'est notre plus grande richesse et il est essentiel de la valoriser pour refuser l'enfermement identitaire dans le regard de l'autre. Depuis que je porte cette conviction en moi, le monde me parait beaucoup plus facile. 

 

Ressens-tu certaines différences sur l'acceptation de l'autre entre la société allemande/hambourgeoise et la France?

 Je ne souhaite surtout pas généraliser car je suis aujourd'hui à Hambourg et je ne connais pas bien le reste de l'Allemagne. Mais ce qui me frappe, c'est qu'ici le climat est beaucoup plus apaisé et bien moins hystérique que dans mon pays natal.  J'ai le sentiment qu'en France nous vivons aujourd'hui un espèce de délire collectif et que nous cherchons et voyons les ennemis à tous les coins de rue, les riches, les gilets jaunes, les femmes voilées ou encore les barbus. Il me semble qu'en Allemagne, ou du moins à Hambourg, la population immigrée s'intègre plus vite mais aussi  que tout est est mis en oeuvre dans ce sens. 

 

Connais tu et apprécies tu la littérature allemande ? Des coups de coeur?

Je trouve vraiment dommage que la littérature allemande soit si peu connue en France et je ne fais malheureusement pas figure d'exception. Mais j'ai récemment découvert Hans Fallada et suis tombé sous le charme de cet écrivain. Je suis très impressionné par son oeuvre, par ce qu'il a pu vivre et écrire sur l'une des périodes les plus noires de l'histoire allemande, sans tomber dans la facilité du jugement.  J'espère découvrir un peu mieux la littérature allemande, du moins contemporaine, dans les semaines à venir, notamment avec mon passage à Leipzig, à la Foire du Livre. 

 

Tu vis à Hambourg depuis quelques mois. T'y plais-tu ?  Comment perçois-tu ta vie ici?

Nous sommes arrivés à Hambourg en septembre dernier et nous n'avions pas d'attentes ou d'idées particulières sur la ville. Quelques mois plus tard, je trouve cette ville extraordinaire: la lumière y est vraiment particulière, c'est très vert, très calme alors que c'est une métropole bouillonnante et l'on s'y déplace très vite. C'est une ville agréable à vivre, pas seulement à visiter. Côté culture, il n'y  a peut-être pas autant de cinémas qu'à Paris mais beaucoup de lieux alternatifs, simples et vraiment sympas, comme la Fabrik ou encore le Gängeviertel. 

J'ai encore des progrès à faire en allemand mais après quelques mois de cours, je suis plutôt fier de presque tout comprendre et de pouvoir vraiment faire connaissance avec les Hambourgeois. Pour moi, la compréhension d'une langue est indispensable car c'est le principal support de la culture d'un pays et de son peuple.

 

Où peut-on te rencontrer, découvrir ton livre et échanger avec toi ?

"Zwei Brüder" est disponible dans toutes les bonnes librairies hambourgeoises et allemandes. Je serai à l'Institut Français de Hambourg jeudi 28 mars et dans plusieurs grandes villes allemandes dans les semaines et mois à venir. Toutes les dates sont disponibles sur le site de mon éditeur allemand, le Aufbau Verlag.


Grand Frère, éditions Philippe Rey, ISBN : 978-2-84876-624-9

Zwei Brüder, übersetzt von André Hansen, Aufbau Verlag, ISBN: 978-3-351-03761-1 


Mahir Guven 


Wenn ein französischer Autor - für seinen ersten Roman mit dem wichtigsten literarischen Debütpreis (dem Prix Goncourt du premier roman 2018) ausgezeichnet -  in Hamburg lebt und dieser Roman gerade auf Deutsch erschienen ist, dann steht ein Interview auf monhambourg selbstverständlich auf dem Plan. Der Autor ist Mahir Guven und das in Frankreich von der Kritik gekürte Werk "Grand Frère" bzw. "Zwei Brüder" auf Deutsch.

Wir waren uns vor einigen Monaten schon begegnet und hatten an der Alster lange über seinen Beruf heute (Schriftsteller) und früher (Geschäftsführer eines Magazins), seine Bemühungen, die deutsche Sprache zu lernen, das Schreiben seines nächsten Romans und unsere deutsch-französischen Erlebnisse geschnackt. Danke an Mahir, dass er  - bevor er zur einer literarischen Deutschlandtour aufbricht -  wieder Zeit für franco-hamburgischen Fragen hatte!


"Der große Bruder fährt mit seinem Taxi durch Paris, der kleine Bruder geht als Assistenzarzt nach Syrien. Sie sind jung und haben das Leben noch vor sich. Die geliebte Mutter ist verstorben, der alternde Vater hält das Familienband zusammen. Während der Große in die Fußstapfen des Vaters tritt, lässt der Kleine alles hinter sich, um seinen Weg zu finden. In Syrien gerät er in die Fänge des Dschihad, zu Hause hält man ihn für verschollen. Bis er eines Tages auftaucht, beim großen Bruder unterschlüpft und damit die Familie in Gefahr bringt."


Wie bist Du zu diesem Roman und überhaupt zum Schreiben gekommen?

Ich habe schon schon lange geschrieben, meistens Kurzgeschichten, dabei aber nie gedacht, es könnte mehr als ein Hobby werden. Die Arbeit bei dem Wochenmagazin Le 1 hat diesen Reiz intensiviert und in dieser Zeit bin ich auch meinem zukünftigen Verleger begegnet. Er ist es, der mir Mut zugesprochen und dazu gebracht hat, "Grand Frère" zu schreiben.

 

In Frankreich hast Du viel Lob dafür bekommen, starke Emotionen durch die Sprache der Banlieues schildern zu können. Was hältst Du davon?

Entscheidend für mich war die Dialoge so zu schreiben, wie meine Protagonisten im Roman sprechen. Die Sprache wird nicht dazu verwendet, die beiden Brüder, ihr Leben und ihre Emotionen zu stigmatisieren, sondern diese zu würdigen. Ich bevorzuge ganz normale Figuren, weil sie genau so gut wie Helden die Palette der menschlichen Emotionen widerspiegeln. Ich finde auch wichtig, sprachliche Tabus aufzuheben. 

 

Wie hat sich Dein Übersetzer, André Hansen, dieser sprachlichen Herausforderung gestellt? 

Ich habe die Zusammenarbeit mit André sehr geschätzt. Wir waren regelmäßig in Kontakt und er hat einen tollen Kompromiss gefunden, indem er sich sowohl dem Kiez-Jargon  als auch der Jugendsprache bediente. Ich glaube, dass damit die deutsche Übersetzung noch zugänglicher geworden ist, auch für jüngere Leser.

 

In Deinem Roman setzt Du Dich auch mit dem Thema der Identität aus. Wie stellt sich diese Frage jetzt, dass Du in Hamburg lebst? 

Ich trage schon immer mehrere Kulturen in mir (Anm.d.Red.: Mahir hat türkisch-kurdische Wurzeln und ist 1986 in Nantes staatenlos geboren) und jetzt, dass ich in Hamburg lebe, fühle ich mich sehr Franzose. Es ist schon ungewöhnlich, sich in einem Umfeld zu bewegen, den man sprachlich und kulturell nicht beherrscht. Die ersten Monate waren schwierig, meine Deutschkenntnisse waren schlecht und es reicht nicht, Englisch zu sprechen, um Gespräche zu verstehen. Ziemlich hart für jemanden wie mich, der gerne spricht! 

Ich habe mich auch lange mit dem Thema der Identität auseinandergesetzt und bin heute fest davon überzeugt, dass jeder von uns eine einmalige Identität in sich trägt, die aus mehreren Identitäten stammt. Diese Einmaligkeit ist unser größter Reichtum und sie muss stets honoriert werden. Nur so können wir die Identitätseinkapselung im Blick des Anderen vermeiden. 

 



Stellst Du Unterschiede in der Akzeptanz des Anderen zwischen unseren beiden Ländern und Gesellschaften?

 Ich will nicht pauschalisieren, da ich jetzt in Hamburg lebe und Deutschland nicht so gut kenne. Was mir aber am meisten auffällt, ist, dass das soziale Klima hier friedlich und nicht so hysterisch ist, wie zurzeit in Frankreich. Mir kommt es vor, als ob Frankreich unter einer allgemeinen Wahnvorstellung leiden würde: Es werden Feinde überall gesehen, bei den Reichen, unter den Gelben Westen aber auch bei verschleierten Frauen und bärtigen Männern. Ich habe den Eindruck, dass sich Immigranten in Deutschland, zumindest in Hamburg, schneller und besser integrieren und, dass dafür auch viel gemacht wird.

 

Kennst Du die deutsche Literatur ? Hast Du Lieblingsautoren?

Ich finde sehr schade, dass die deutsche Literatur in Frankreich so wenig bekannt ist und ich bin leider keine Ausnahme. Ich habe vor kurzem Hans Fallada entdeckt und sein Werk hat mich sehr beeindruckt: er hat über die schlimmsten Stunden der deutschen Geschichte schreiben können und es dabei vermieden, nur zu verurteilen.
Ich habe großes Interesse, die deutsche Literatur besser kennenzulernen und hoffe, dass die Leipziger Buchmesse, bei der ich meinen Roman vorstellen werde, auch dazu beitragen wird. 

  

Du lebst seit einigen Monaten in Hamburg? Gefällst es Dir? Wie siehst Du Dein Leben hier?

Wir sind in September nach Hamburg gezogen und hatten keine Erwartungen. Ich finde inzwischen, dass Hamburg eine klasse Stadt ist: Die Lichtverhältnisse sind ganz besonders, die Stadt ist so grün und auch ruhig und man kommt sehr schnell von einem Punkt zum anderen. Die Stadt bietet eine sehr hohe Lebensqualität und es lohnt sich hier zu leben, nicht nur zum Besuch zu kommen. Was die Kultur angeht, gibt es vielleicht nicht so viele Kinos wie in Paris aber dafür tolle und alternative Räume wie die Fabrik oder das Gängeviertel.

Ich muss noch besser Deutsch sprechen lernen, bin aber sehr stolz, nach wenigen Monaten fast alles verstehen zu können und jetzt endlich Hamburger treffen zu können. In meinen Augen ist das Erlernen einer Sprache unerlässlich, wenn Du die Kultur eines Landes und die Menschen verstehen willst.

 

Wo kann man Dein Buch bekommen und Dich treffen ? 

"Zwei Brüder" ist natürlich in allen guten Buchhandlungen in Hamburg und Deutschland zu erwerben. Am 28. März lese ich in Institut Français de Hambourg und in den nächsten Wochen und Monaten in mehreren deutschen Großstädten. Alle Termine sind auf der Webseite von meinem deutschen Verlegers, dem Aufbau Verlag zu finden.


Grand Frère, éditions Philippe Rey, ISBN : 978-2-84876-624-9

Zwei Brüder, übersetzt von André Hansen, Aufbau Verlag, ISBN: 978-3-351-03761-1 

monhambourg, 24 mars 2019